VOLCERRA
Chapitre 20 · 20 décembre 2025

Dans l’Œil de Divazão

Le Pont des Mille Bras

Émergeant des brumes de Perigrel, Divazão se révéla dans toute sa splendeur écrasante. Des bras de marbre gigantesques surgissaient des flots — une garnison de statues abritant les lanciers de la cité. Le groupe traversa le Pont des Mille Bras, une arche colossale née de titans entremêlés, sculptée de visages anonymes qui semblaient juger chaque passant. Vue du ciel par Luqia, la ville entière dessinait un œil ouvert, avec la cathédrale d’Ivalavi pour pupille.

Les Voilés d’Émeraude

Aux portes de la cité, deux silhouettes inquiétantes les attendaient : des Voilés d’Émeraude aux robes noires et aux masques angulaires ornés d’émeraude. Iphéria se raidit — c’était eux qui avaient condamné son mari. Le groupe dut s’acquitter d’une taxe pour leurs visages nus, considérés comme une « irrégularité esthétique ». Sinfonio do Tom, maître de cérémonie de la Casa do Tom, les accueillit avec une gêne polie : « Votre venue était attendue. Mais pas vos visages. »

L’Âge du Regard Pur

Escortés derrière des bannières qui masquaient la ville, ils atteignirent le Palácio das Vozes. Sinfonio expliqua l’histoire des masques : autrefois signes d’excellence artistique, ils étaient devenus, depuis la Purge du Regard, des outils d’uniformisation. À Divazão, chaque masque indiquait sa Casa, sa fonction, son droit de parole. Le Masculpteur Dola’sil, un immense rapsodyle bleu, leur confectionna des masques aux couleurs de la Casa do Tom — bleu et blanc, avec une bordure lisse leur interdisant de prendre la parole de leur propre chef.

La cérémonie de l’Olho que Come

Depuis les balcons de résonance, le groupe assista à la procession du Prince-Évêque. Des poissons-rubans portaient le clergé sur les canaux, tandis que deux danseurs exécutaient une chorémancie rituelle sous une coupole d’or. Sinfonio révéla l’origine du rite : autrefois, les Lucitanis sacrifiaient un homme et une femme aux dieux des abysses. L’Église avait remplacé le sang par le spectacle. « Depuis que l’émotion est tenue, la mer recule », récita-t-il. Mais Dasco, observant les petits tableaux votifs le long des canaux, remarqua qu’ils semblaient absorber la lumière plutôt que la diffuser.

La tapisserie d’Ezoze

Dans les étages inférieurs du palais, une dispute attira leur attention. Nikizá réprimandait Octavle pour avoir conservé une tapisserie dangereuse — un cadeau de Selzorin, un musicien nagarr. Lorsque Nikizá déchira le tissu, les fils se recomposèrent d’eux-mêmes, tissant à nouveau l’image de l’Irisé Ezoze, le Gardien des Bâtisseurs. Perolan perçut la résonance des Aṣinírùns — des esprits mineurs liés à l’œuvre. Pour la première fois depuis leur arrivée, une lueur d’espoir : peut-être que tous les grands maîtres n’avaient pas disparu.

Les enfants-masques et l’arrestation

Pendant que le groupe suivait Selzorin vers les canaux extérieurs, une petite fille nommée Cavaquinha déroba leur bourse. Karak la poursuivit dans un dédale de ruelles, où une bande d’enfants portant des masques blancs identiques le cerna brièvement. Sur l’Ilhota do Toque, ils trouvèrent enfin le peintre Candesco — mais trop tard. Un Galatéen, statue de marbre animée aux veines d’or, l’arrêta sous leurs yeux. « Cette forme d’art n’est pas conventionnelle », déclara froidement un inquisiteur. « Les traits du Prince-Évêque y sont mal définis. » La rue se vida. L’eau continua de couler. Et le groupe comprit que la beauté de Divazão avait un prix terrible.