
Quand le Passé Remonte à la Surface
La route des lagunes
Le chariot d’Iphéria s’éloigna des dômes de verre d’Alvidral, longeant la rivière Quartzique vers Vazdelago. Dans la cabine, Perolan négociait avec Isẹ̀kù un pacte pour Gab’Ketzol : deux heures de liberté par jour, pas plus. La carte du Navire Fantôme brilla d’un éclat blanc pour sceller l’accord, son dessin se transformant pour accueillir l’esprit du prêtre-combattant des îles Citatli.
Vazdelago, ville des Passeurs
La cité surgit des marécages — pilotis, passerelles et clochers de nacre. Iphéria y retrouva ses racines, saluée par les habitants qui l’appelaient « Dama do Lodos ». Octavio et Dasco visitèrent la Chapelle des Traversées, où des vitraux illustraient les six tempêtes émotionnelles que les Deux durent affronter. Pendant ce temps, au marché, un vétéran nommé Matheus reconnut Karak et sombra dans la panique, revivant les massacres des guerres de l’Est où les demi-trolls avaient décimé son bataillon — jusqu’à l’intervention d’Ar Vainor, la Vertu de la Ferveur, dont la lumière avait tout brûlé.
La chute dans l’Àwọ̀n Àṣà Ẹ̀mí
Gab’Ketzol, ivre et incontrôlable, entraîna Perolan vers une faille spirituelle au bord des quais. Le changeforme bascula dans le monde des esprits, où des silhouettes serpentines dansaient au-dessus des lagunes noires. Mais les cavaliers spectraux de Mirgovan — rémanences drevlanies du regret martial — se lancèrent à sa poursuite. Après une fuite éperdue à travers un bâtiment-esprit et un arbre aux feuilles de flammes bleues, Perolan s’échappa… pour atterrir dans le salon d’Iphéria, au pied d’un immense filao.
L’arbre qui parle avec la mer
L’arbre de trente ans perçait le toit de la maison, ses racines plongeant dans un bassin sacré. Iphéria révéla son histoire : son mari, passeur condamné à la Lustration Ardente pour avoir franchi un territoire interdit, avait été brûlé par sentence du Livre Noir. Son âme était désormais prisonnière d’un Luzal enchâssé dans un vitrail de Divazão. Elle avait planté ce filao pour qu’il puisse revenir, de temps en temps, avec le vent. « Je crois qu’il vit ici », murmura-t-elle. « Dans le bruissement des fils verts. »
La traversée et l’attaque de Bzoran
Le lendemain, l’atrelo glissait sur les lagunes, tiré par trois poissons-rubans écarlates. Soudain, une masse noire jaillit des flots — des Boiunas parasites, menés par Bzoran, le frère de Dasco. Le varan géant qu’il possédait attaqua l’embarcation. Dans l’esprit de Karak, Dasco entendit le mépris de Bzoran : « Tu gaspilles ta nature dans une coquille vide. » Le combat fut brutal. Octavio, à demi étouffé, fit avaler un bolus féral à Luqia — la femelle psittacus se métamorphosa en une créature carnassière aux plumes cramoisies. Iphéria, d’un tir de fronde, propulsa Dasco dans la gueule du varan. Le crustacé prit le contrôle de la bête de l’intérieur, forçant Bzoran à la retraite.
Vers Divazão
Sur le dos des poissons-rubans rescapés, le groupe aperçut enfin les silhouettes des Rapsodyles chantant sur les flots. Leurs harmoniques ouvraient la voie vers Divazão — la Ville des Arts. Octavio, triomphant, brandissait un kawakawa qu’il avait capturé dans les roseaux. Dasco, contemplant ses amis, songea aux paroles de Bzoran et sourit : « J’ai trouvé une chaleur que tu n’as jamais essayée. » Devant eux, les statues colossales de Divazão émergeaient de la brume comme une promesse — et une menace.