
La Ville se révèle, pas à pas
Liens du cœur
Au palais des Voix, le groupe savoura un rare moment d’introspection. Octavio arpenta les couloirs de marbre, réalisant pour la première fois qu’il avait trouvé des amis — profondément différents de lui, mais irremplaçables. Perolan, sous les traits de Texerès, négocia avec Sinfonio un accord commercial impliquant de l’ivoire de loxoriate contre des artistes de Divazão. Lors d’un déjeuner somptueux aux couverts en forme d’instruments, Karak, ému par le vin de groseille, livra à ses compagnons ses sentiments : l’affection pour Dasco, son frère d’arène ; le respect teinté d’inquiétude pour Octavio ; et le souvenir douloureux d’Emilio, ce petit frère qu’il n’avait pas su protéger.
Le chant qui brise la pierre
Attiré par les vibrations des balcons de résonance, Karak aperçut Appoggia — la virtuosa au masque bleu et or — et sentit monter en lui une mélodie oubliée de son enfance. Sans réfléchir, il chanta. Sa voix brute, décuplée par l’architecture acoustique, fit trembler les fondations. Trois balcons cédèrent, menaçant d’écraser les habitants des canaux. Seule l’intervention magistrale d’Appoggia — dont le chant maîtrisait tout le spectre sonore — sauva la situation, les vents spirituels ramenant les plateformes et réduisant les gravats en poussière. Dona Calazza, la Matriarche, vit dans ce chaos une opportunité inattendue.
Le masque d’Orgio
Dans une salle feutrée, Sinfonio révéla la vérité : Orgio, le champion de la Casa do Tom et mari de Dona Calazza, était mourant. Sans lui, la Grande Audição — le concours qui redessine les territoires de Divazão tous les deux cycles — serait perdue, et avec elle l’Opéra du Cœur Céleste. La Matriarche proposait que Karak prenne la place d’Orgio, dissimulé sous son masque légendaire. Sept jours d’entraînement intensif avec Appoggia pour maîtriser les fondamentaux de la phonomancie. Le gladiateur accepta, décidé à faire mentir Skemezzor qui lui avait toujours dit qu’il n’était « fait que pour taper ».
Le Marché submergé
Pendant ce temps, Octavio, Dasco et Iphéria partirent récupérer l’argent volé et retrouver la piste de la tapisserie de Selzorin. Ils découvrirent que le Marché submergé — lieu mythique où se réfugiaient les endettés et les proscrits — n’apparaissait qu’à ceux qui commettaient un blasphème. Octavio fit fabriquer un masque géant d’oiseau noir et le hissa sur la tête d’une statue d’ange. Le sacrilège accepté, les indications du marché apparurent sur leur masque de papier mâché.
Adraste et les Sœurs de l’Ombre
Leur enquête les mena à Tramas Baixas, le quartier des tisserands, où ils trouvèrent Adraste Biacca — un adolescent au talent extraordinaire que son père Gesso avait toujours bridé par peur de la Purge du Regard. Mais deux chorémanciennes mystérieuses les attendaient : deux sœurs aux masques complémentaires — l’une sombre, l’autre violette — dont les illusions pouvaient blesser et tuer. Le combat fut dévastateur. Perolan invoqua le Kraken, Dasco s’infiltra dans le cou de la sœur violette, et Octavio, porté par Luqia transformée, se jeta contre elle au moment où son clone explosait. La sœur dorée périt dans la déflagration. La sœur sombre, endeuillée et vaincue, s’enfuit à l’arrivée de Karak.
Le prix de la victoire
Mais la victoire avait un goût de cendres. Octavio avait perdu une partie de son ouïe dans l’explosion. Et Gesso Biacca, le père d’Adraste, gisait mourant, le thorax écrasé. Ses derniers mots furent amers : « Pourquoi vous êtes venus… Ça serait jamais arrivé sans vous… » Puis, s’accrochant à son fils : « J’ai peur… je suis pas prêt… » Quand son âme quitta son corps, Perolan vit des asinis de tristesse et de regrets se dissiper dans l’air. Karak, arrivé trop tard, posa une main sur l’épaule d’Adraste : « Tu ne seras plus jamais chez toi. Maintenant, il ne te reste qu’à aller de l’avant. »