
Un problème à Traités
Les Voiles Carmes
Encore secoués par la mort de Gesso, Karak et Dasco conduisirent Adraste vers la Comissura, quartier des escamareiros et des fermes à poissons-rubans. Là vivait sa grand-mère, Nerina Biacca, une femme à la noblesse intacte malgré les années de silence. Derrière les murs modestes de sa maison, elle révéla pourtant une autre identité : Velatura, Dame des Voiles Carmes, dernière descendante de la véritable maison des Pinceaux rouges. Cachée autrefois dans un tableau par son père puis exfiltrée par l’escamareiro Amo Storione au soir de la Purge du Regard, elle avait survécu en renonçant à ses couleurs pour protéger sa lignée.
L’héritier et les trois Traités
À Adraste, encore hanté par l’incendie et le deuil, Velatura dévoila alors l’héritage que son père avait refusé : le garçon portait en lui le talent des grands maîtres de la Casa do Cor. Mais ce don ne suffirait pas. Pour renaître, il lui faudrait un maître assez courageux pour enseigner l’art véritable, ainsi que les trois Traités d’Aravaggio. Le premier, Della Prospettiva, avait été confié à Amo puis à son apprenti Enguiliar ; le second, De’ Colori, avait été vendu par Gesso au Mercado Submerso ; le troisième, Della Composizione, reposait entre les mains de l’Église et de Vellucio di Ennero. Le groupe accepta d’abriter l’héritier à la Comissura, où il pourrait se fondre parmi les palefreniers et les canaux, tandis qu’une première piste surgissait : Enguiliar avait eu un apprenti, un jeune prodige nommé Develci das Nascas.
Le prix du Regard
Pendant ce temps, Octavio, Perolan et Iphéria découvrirent que la blessure laissée par l’explosion de la séance précédente n’était pas passagère. Dans les galeries du palais, Octavio apprit d’Ostinato qu’il souffrait d’une perte d’audition partielle, affection commune à la Casa do Tom, au point que la Confrérie des Soupirs en avait fait une langue et une solidarité. Presque au même moment, le groupe retrouva Candesco, relâché par l’Inquisition avec un masque de Retactio Figurae scellé au visage. À Divazão, l’Église ne punissait pas seulement l’esprit : elle retouchait la chair, transformant les artistes jugés déviants en avertissements vivants.
Sous le chant de Nikizá
Karak, lui, poursuivait son entraînement pour la Grande Audição quand Nikizá choisit de travailler non plus sa puissance, mais son émotion. Sous l’archet de la phonomancienne, les vérités sortirent de lui malgré lui : Texerès n’était pas Texerès, le groupe protégeait un héritier de la Casa do Cor, et leurs recherches entraient en collision directe avec les convoitises de l’Église. Dona Calazza convoqua aussitôt les aventuriers dans la Sala della Scala Harmonica. La matriarche de la Casa do Tom ne les livra pas ; elle fit pire, et mieux tout à la fois. Désormais, ils lui devraient des rapports quotidiens, une loyauté de circonstance et une victoire impérative à la Grande Audição. En échange, elle leur offrirait du temps, tout en faisant installer dans leurs chambres les instruments nécessaires pour entendre ce qu’ils n’auraient jamais dû dire.
La Pupille s’ouvre
À la Comissura, l’enquête bascula bientôt vers une autre obsession locale : la Corrida da Pupila. Develci, apprenti d’Enguiliar et septuple vainqueur de la course, refusa d’abord de les aider avant l’épreuve. Il fallut l’ambiance électrique du Piscar do Olhio, ses paris sur les morts, ses masques numérotés et ses odeurs de friture d’écailles pour convaincre le groupe que le champion risquait surtout d’y laisser la vie. Alors Dasco, fidèle à son génie douteux de Boiuna, proposa l’impensable : renforcer la monture de Develci de l’intérieur, pendant que Perolan pousserait la chance au bord de la tricherie et qu’Iphéria recueillerait les secrets du quartier. D’une porte à l’autre de la course, la ville révéla sa brutalité élégante : anneaux de marbre, toiles monumentales, échos meurtriers, chaînes mouvantes et plongée aveugle sous l’Œil de Divazão.
Victoire à la Comissura
Le jour venu, le plan tint de justesse. Dasco durcit chairs et nerfs lorsque la monture de Develci heurta de plein fouet les éventails de pierre ; Karak, posté à la Porta dos Ecos, absorba une partie des ondes sonores pour éviter le carnage ; et Perolan, averti par Isẹ̀kù qu’il forçait le destin, jeta malgré tout sa chance dans la dernière ligne droite. Develci remporta la Corrida au terme d’une course sauvage qui laissa concurrents et poissons brisés sur les quais. La victoire ouvrit enfin quelques portes : Candesco commença à former Adraste, Velatura remit ses pigments en circulation, et le groupe se prépara à descendre vers le Mercado Submerso. Après les chants, les paris et les faux alliés, il leur restait désormais à affronter l’endroit où Divazão cache ce qu’elle refuse de regarder.