
En verre et contre tous
La route vers Divazão
Sous le chariot de Dama Iphéria, cocher borgne aux méthodes singulières, le groupe traverse les plaines d’automne. Octavio révèle ses recherches sur le Récital — une troupe de bateleurs devenue réseau d’espions sous l’égide des Da Vascanhera. Perolan, toujours habité par un esprit aventurier qui l’a possédé, oscille entre lucidité et transe. Sur la route, un poste mobile des Doigts de Verre les surprend. Leur capitaine, Vilgor Fervello, est un demi-troll comme Karak — une vision stupéfiante pour le gladiateur, qui ne comprend pas comment un être de son sang peut avoir atteint la plus haute élite de l’Empire. « Même la cendre peut devenir verre, si le brasier est assez fort », déclare le Garde Prismatique avec la douceur d’un homme qui a connu l’humiliation.
Une famille en fuite
Le groupe croise Evilini et son fils Nollo, un garçon malade dont le Luzal — fragment de verre sacré reçu à deux ans — avait révélé, lors de l’Appel de Dorod, le métier de tanneur, une condamnation pour ses poumons fragiles. L’orage les pousse tous vers le Relais des Silences, ruines d’une forteresse lucitanie où règne Dom Vensio, noble excentrique. Là, le vieux Luminar Tevélio accepte d’aider l’enfant. Iphéria confie plus tard son histoire : jadis, Tevélio refusa de falsifier le Luzal de la femme qu’il aimait, croyant en la volonté divine. Elle mourut douze ans plus tard, brisée par un mariage forcé. Depuis, le vieil artisan aide ceux que le destin a condamnés — chaque éclat réinscrit étant une dette payée au nom d’Ímara.
Alvidral, cité du verre
À Alvidral, deux maîtres silicistes rivaux détiennent chacun une moitié de la solution : Vendramar, austère et pieux, peut refondre le verre sans le briser ; Citton, flamboyant artiste formé à Divazão, sait recréer l’éclat doré de Mãojunta. Pour réconcilier ces ego rivaux, Dasco propose une idée folle : un vitrail sur sa propre carapace. Sous les yeux médusés de la ville, les deux maîtres collaborent pour la première fois, mêlant leurs techniques — et le crabe arbore désormais une mosaïque chatoyante d’arabesques dorées, bleues et vertes sur le dos.
Forge de verre et de flamme
La nuit venue, les trois fours s’allument pour Nollo. Vendramar stabilise le cœur fragile du Luzal, Citton y insuffle de nouveaux reflets dorés par sa technique de réduction, Tevélio achève l’œuvre de ses pinceaux de grisaille. Quand les flammes s’éteignent, le fragment brille d’une lumière neuve — une aurore enfermée dans la matière. « Ce n’est plus ton passé que tu portes, murmure le vieux Luminar. C’est ta propre lumière. » Nollo repart vers Lágrimas avec un nouveau destin : étudier les créatures étranges, inspiré par Dasco et Octavio. Karak lui offre une bourse pour le voyage, tandis qu’Isẹ̀kù rappelle à Perolan que son propre parasite attend encore un pacte — mais cette conversation attendra.