
Croire en ses rêves
L’éclat et la cendre
Avant de quitter Lágrimas, Octavio retrouva son Luzal, ce fragment de verre sacré qui contient l’âme des Barazéens. Sa prudence éveilla une discussion au sein du groupe : qui, parmi eux, possédait encore ce talisman vital ? Karak portait un éclat rouge et brut, Perolan improvisa, prétendant avoir perdu le sien « aux jeux », et Dasco, prisonnier de sa nouvelle carcasse de crabe, s’en remit à l’ironie du sort. Cette scène banale marqua le ton de la journée : chacun portait, dans sa lumière ou son absence, une part de vérité cachée.
Les ruines de Nema
Sur la route d’Ashéwolé, leur guide Òsùnn Ráe égayait la marche de proverbes quand le village où ils devaient dormir apparut… en ruines. Parmi les décombres, ils trouvèrent Nema, une femme hagarde, prisonnière d’un passé qu’elle revivait en boucle. Perolan vit alors, par des visions brûlantes, l’histoire de cette veilleuse capable de prédire le malheur — jusqu’à ce qu’un esprit parasite, un Agọ̀tẹ̀, s’en empare. Malgré les avertissements, Octavio lui fit boire une décoction pour la calmer. Elle s’endormit, murmurant : « Je ne dois surtout pas dormir… » — et le cauchemar se déchaîna.
La maison des flammes
Les murs se couvrirent d’excroissances lumineuses. Des loups bleus surgirent, déchirant la réalité. Dans ce chaos, Perolan fit la rencontre d’Isẹ̀kù, un esprit moqueur lié à ses cartes, qui lui révéla leur étrange symbiose : « Tu joues, je vis. » Ensemble, ils fuirent la tempête. Quand tout retomba, le groupe comprit : Nema n’était qu’un hôte. Et Perolan… peut-être aussi.
Les loups et le bracelet
Le lendemain, guidés par les conseils d’Òsùnn, ils traquèrent les loups pernudos jusqu’à une tanière cachée. Après un combat acharné, ils retrouvèrent dans la boue le bracelet brisé de Nema — un talisman offert jadis pour contenir le parasite. À l’aide d’un rituel dans un bosquet sacré, Perolan transféra dans l’objet une part de son essence, réanimant sa puissance.
Les îles des rêves
De retour au village, Nema gisait encore, prisonnière du cauchemar. Octavio identifia le point d’ancrage de l’esprit : un repose-tête sculpté. Le bracelet fut replacé à son poignet ; l’ombre se dissipa, mais Isẹ̀kù dévora le reste de l’essence et lia le parasite à une carte nouvelle : Les Îles des Rêves. Sur son dessin, des silhouettes dormaient sur des flots d’étoiles. Un pouvoir venait de naître : celui de guérir par le songe, mais à un prix incertain.
L’aube du départ
Le village apaisé, Nema confia ses remerciements à Òsùnn, qui décida de rester auprès d’elle. Le reste du groupe, escorté jusqu’à la lisière de la forêt, retrouva la route et une nouvelle alliée : une conductrice borgne aux chevaux de Vazulis, prête à les mener vers d’autres horizons. La poussière rouge s’éleva derrière eux, tandis que la forêt refermait son ombre.
Devant eux s’ouvrait la route des rêves — et peut-être, celle des regrets.