
Sous les feux de la rampe
Ce qui ne se laisse pas éteindre
Dans la nef noyée, le jet d’encre de Dasco traversa le Pavío sans le toucher. La fumée ressortit d’un autre cierge. Sous l’eau, Perolan comprit que les voix des Éteints n’étaient pas des Asini : ceux-là avaient été des gens. Iphéria, à genoux devant la plaque d’Abiodun Baloga, forçait le plomb avec un couteau à huîtres. Contre la hanche de Perolan, les cartes noircissaient. Isẹ̀kù ne riait plus.
Luqia avala un bolus féral et fondit sur les flammes. Les cierges s’écartèrent. Sous chaque disque, six pattes de cire tenaient sur l’eau : les Andarilhas. Tant qu’une mèche brûlait, le gardien n’était nulle part.
De quoi sont faites les bougies
Dasco se hissa sur l’îlot central. Au creux de la cire brûlaient trois grands cierges, veillés par trois petites silhouettes de suie. Ce n’était pas de la cire : c’était de la graisse humaine. Il hurla qu’il ne fallait pas éteindre ces trois-là. Il fallait les détruire.
La couronne solaire
Trois étages plus haut, Karak descendit sous le masque d’Orgio, avec Nikizá, Appoggia et Ostinato. La Casa do Tom chanta la Lumiance Première. Sa voix brisa les instruments, se fit nue, puis dressa sous la coupole une couronne de débris en feu. La nef se leva pour lui. Le Vicaire Kastigar désigna pourtant la Casa do Cor : le marbre dernier, les danseurs troisièmes, la Casa do Tom deuxième, devant le Movimento. Dans les gradins, on criait quand même son nom. Il n’avait pas le titre ; dans son cœur, c’était déjà une vraie victoire. En félicitant « Orgio », il entrevit une ligne d’ivoire sous le masque. Un Voilé d’Émeraude le rappela avant qu’il n’insiste.
Celui qui se pensait lumière
Les Éteints retenaient Perolan sous l’eau, et avec eux la mémoire de Fadrique Vellador de Ínalvarez, qui lisait les Quatre Livres comme des poèmes. Il vit Damaso Portelo, Alonzia da Razzena et Bernal Frascati brûler les premiers exemplaires dans la Grande Bibliothèque do Grande Assombro. Un copiste manólaco, sourd, y mourut. Le Prince-Évêque Ordimacio Bavelli prononça la Lustration Ardente : celui qui se pensait lumière deviendrait une flamme. Perolan remonta en hurlant. Le Pavío était cette première âme, socle du vitrail depuis cent soixante-dix ans.
La mer entre
Dasco trancha deux des trois grands cierges. Le Pavío ouvrit alors Iphéria de l’épaule aux côtes. Les deux Boiunas encore vivantes quittèrent Talvazio et entrèrent en elle. Perolan força la plaque d’Abiodun. Cent soixante-dix ans d’âmes jaillirent, et les cierges s’arrachèrent. Privé de refuges, le gardien se replia en couronne de bras autour d’un cœur de feu. Luqia attira ses traits, puis retomba dans l’eau, inconsciente. Perolan ouvrit les vannes à marée haute. La mer de Divazão emporta la salle, et Luqia avec elle.
Enterre-le bien
Ils ressortirent dans un canal que personne ne regarde. Dans la main de Perolan, un éclat de verre noir : le Luzal. Iphéria lui demanda de l’enterrer, un jour, sous le filao de Vazdelago. Puis les Voilés d’Émeraude ratissèrent les pontons. Elle n’aurait pas nagé assez vite. Elle sourit, partit à l’opposé, et se laissa prendre. Contre son flanc, une petite tentacule noire fit un adieu maladroit.