
Le Bruit et le Silence
Ce que le silence révèle
Resté seul au Palácio das Vozes, Octavio finit par ouvrir les rouleaux qu’il évitait depuis son accident. Avant cela, Frei Auen Suononhello le mena auprès de la Confrérie des Soupirs, là où les blessés du son apprenaient à lire les corps autrement. Dans la vibration d’une côte mal ressoudée, puis dans celle d’un mur fissuré, Octavio découvrit une méthode : provoquer, sentir, déduire. Ce n’était pas entendre. C’était comprendre.
La main de marbre
À l’aube, la Confrérie l’emmena sur une île cultivée par les Petits Frères de Poussière, une paume de marbre dressée hors des canaux de Divazão. Dans l’hospice, Octavio vit les Soupirs diagnostiquer une fièvre, réaligner une fracture, reconnaître une blessure invisible et identifier un épanchement pleural avant qu’il ne devienne fatal. Les paroles de Frei Caldemiro et de Leopolo lui montrèrent aussi une autre histoire de l’Église : non pas celle des principes, mais celle des gens qu’on cesse de regarder quand la colère devient doctrine.
Trois corps et une peur
Pendant ce temps, Dasco apprenait à exister dans trois Masques Dentelés à la fois. Talvazio, Fervaldino et Pironço lui offraient des corps, mais aussi des habitudes, des envies, des pensées qui n’étaient pas les siennes. Convoqué avec les survivants de l’assaut contre le Restaurateur, il assista à la douceur terrifiante du Vicaire Kastigar, qui fit mutiler le caporale Vossanio avant d’ordonner de renforcer la surveillance des Lagrimeiros. Dasco tenta de prévenir Iphéria, mais la distance rendit son corps presque cadavérique.
La leçon d’Appoggia
Karak, lui, affronta la troisième leçon d’Ostinato dans la Sala della Scala Harmonica. La veille, Appoggia l’avait averti que l’épreuve serait truquée, puis lui avait enseigné toute la nuit les rythmes que la Casa do Tom gardait pour ses apprentis. Sous les yeux de Dona Calazza et de Sinfonio, Karak tomba, se releva, apprit par la douleur, puis franchit les portées une à une jusqu’à contraindre Ostinato à sortir un rythme archaïque des Premiers Vents.
Le masque et le temps
Ce rythme, Karak le reconnut au fond de lui : un chant d’enfance, celui de sa mère parlant aux Asini. Sa voix changea, l’anneau de lumière cessa d’écraser et se mit à tourner comme une couronne. Il atteignit le sommet et arracha le masque d’Orgio. Mais le cantateur malade surgit aussitôt, défia Karak et le balaya d’un chant si puissant qu’il fit trembler le marbre. Le soir, au Piscar do Olho, Karak confia à Appoggia qu’il pourrait atteindre ce niveau, s’il avait du temps. Perolan, surgissant entre eux avec son sourire de mauvais augure, annonça qu’il avait peut-être quelque chose pour cela.