
Cammino Prima di Te
Les notes du fond
Tandis que ses compagnons se dispersaient, Karak fouilla le bureau de Develci et y retrouva les notes d’Amo Storione, recopiées avant la mort d’Enguiliar puis oubliées sous le sel. Les feuillets décrivaient un contre-courant secret menant jusqu’au Fundo do Olho, une crypte submergée que très peu d’escamareiros savaient atteindre. Un autre nom y revenait comme une ombre admirée : Duarte, le Fantasma da Comissura.
Le Mercado Submerso
Pendant ce temps, Octavio, Perolan, Iphéria et Dasco entraient enfin dans le Mercado Submerso, marché noir flottant où l’on ne pénétrait qu’à visage doublé d’un masque. Entre les barges, les objets semblaient habités d’une volonté propre, et même Isẹ̀kù se montrait prudent face aux vieux Asini du lieu. Octavio y troqua un appuie-tête hanté contre une carte d’île céleste, Iphéria y aperçut un masque du lendemain à son effigie, et Perolan y croisa la silhouette muette de l’esprit du marché.
Le Restaurateur
Au cœur d’une tente mauve les attendait le Restaurateur, collectionneur masqué aux manières de théâtre. Il leur rendit l’argent volé par ses enfants, confirma que le traité De’ Colori avait bien transité par le marché, puis proposa un échange : retrouver un homme disparu près du Campo das Naves, et il les aiderait en retour. À Iphéria, il souffla une piste terrible sur l’âme de son mari, peut-être enfermée dans la crypte obscure d’Ivalavi. À Perolan, il laissa entrevoir Il Terzo Colpo, un manuscrit assez étrange pour faire taire jusqu’à Isẹ̀kù.
Le marché se replie
Les masques dentelés ne leur laissèrent pas le temps de discuter davantage. Le Mercado Submerso se démonta avec l’efficacité d’une troupe qui a déjà répété sa fuite cent fois, pendant que le Restaurateur abaissait sa canne et murmurait : Cammino prima di te. Entre les statues géantes de Divazão, la pierre s’ouvrit alors sur un passage noir, tandis qu’Octavio, Iphéria et les retouchés retenaient les poursuivants sur des barges qui se détachaient dans la nuit.
Dasco en morceaux
Sur les pontons noyés, Dasco encaissa l’assaut le plus brutal. Sa carapace céda sous les coups d’un chef dentelé et Iphéria crut voir mourir son compagnon. Mais une Boiuna ne respecte pas les frontières ordinaires du décès : quand le calme revint, Dasco se releva dans trois corps ennemis à la fois, partagé entre leurs blessures, leurs réflexes et sa propre conscience, plus dérouté encore que ses amis.
Le premier Traité
Le lendemain, Karak, Perolan et Develci reprirent la piste des notes de Storione. Grâce à une ouverture obtenue par Dasco en uniforme et à la masse têtue du poisson-ruban Toréo, ils franchirent enfin le Fundo do Olho. Dans une crypte submergée, tandis que Develci manquait d’y laisser son souffle, Perolan sauva le champion puis ouvrit le coffret tant cherché. Le premier traité d’Aravaggio, Della Prospettiva, y reposait intact, comme si toute la nuit n’avait servi qu’à conduire le groupe jusqu’à cette page.