
Le Dernier Saut
Réveil du monstre
Au cœur des cavernes obscures sous la cité perdue, le cri d’un allié transperce l’obscurité avant d’être brutalement interrompu. Devant les yeux horrifiés des aventuriers, une patte d’or traverse un torse humain comme s’il n’était fait que de tissu. Surgit alors Enzo, ou plutôt le Test 16 : une arachnomachine aux membres dorés, au cœur vert pulsant et au rire figé. Emilio le reconnaît immédiatement. Dans ce visage déformé reviennent d’un coup les souvenirs de la bande, de la honte, et de ce garçon trop fragile que personne n’avait su sauver.
Fuite désespérée
Alors que l’araignée mécanique se lance à leurs trousses, le groupe fuit à travers dédales, galeries en spirale et couloirs trop étroits pour respirer. Karak reste en arrière pour ralentir la créature et encaisse de plein fouet ses projections corrosives. Les autres s’enfoncent dans un boyau vivant, tapissé d’une mousse carnivore qui avale le petit Téo et mord jusqu’aux restes du corps de Kaspar. Dasco et Perolan ne s’en sortent qu’à force d’huile noire, de sang-froid et d’un instinct de survie presque obscène, pendant que le monstre broie sans effort glyphes, murs et souvenirs.
Combat au bord du gouffre
Arrivés face à une immense crevasse où repose une antique statue azunie, les aventuriers comprennent peu à peu que les artefacts du lieu réagissent aux émotions. Emilio, secoué par ses regrets, active sans le vouloir une main colossale de granit noir parcourue d’orichalque, qui saisit le Test 16 en plein vol. Le répit ne dure pas. Le monstre mute sans cesse selon les patholithes qui le traversent : araignée hurlante, machine de lave, centipède de gravité, carcasse bardée de visages fusionnés qui crient et repoussent l’air autour d’eux. Dans ce temple où sentiment et mécanique semblent parler la même langue, Octavio comprend que les Da Alaveza ont voulu créer une arme émotionnelle capable de s’adapter à tout.
Le sacrifice d’Emilio
Acculés sur une plateforme instable au-dessus d’un torrent tumultueux, les survivants comprennent qu’ils n’ont plus assez de temps pour fuir. Emilio, lui, comprend autre chose : si le groupe saute, tous meurent ; s’il saute seul, eux peuvent vivre. Dans un geste héroïque et désespéré, il se précipite vers Enzo, encaissant plusieurs lames dorées pour atteindre le cœur même du monstre. Au dernier instant, alors que la patholithe bascule vers le bleu, il murmure quelque chose à son ancien ami. Enzo pleure des larmes d’or. Puis le cœur cède, et l’explosion engloutit la caverne dans un silence irréel.
Le retour à la lumière
Lorsque les survivants émergent enfin à la surface, brisés par la perte d’Emilio, ils redécouvrent la douceur du soleil comme une offense presque insupportable. Autour d’eux, les morts s’accumulent : Bragadone, Grenevaldi, Téo, et tant d’autres happés par l’expérience des Da Alaveza. Avec les rares alliés encore debout, ils improvisent un sanctuaire pour Emilio, Enzo et les disparus, pansent les corps, bricolent une prothèse pour Joao et se jurent de continuer malgré le vide.
C’est avec des larmes silencieuses qu’ils rendent hommage à Emilio, le garçon qui oubliait tout mais qu’on n’oubliera jamais, voleur de bonbons et de bourses dont le dernier saut aura offert aux autres un jour de plus.